CFA DES METIERS Dordogne
L'apprentissage, un choix qui a de l'avenir !
Alimentation Bois Ameublement Beauté Machinisme Agricole, Parcs et Jardins Auto-moto-cycles Electricité & Systèmes Electroniques Numériques

- PORTRAITS RECONVERSION - Laurent et Christine Tafalla, une reconversion professionnelle réfléchie et partagée

Le CFA des Métiers de Boulazac accueille depuis le mois de septembre 2017 Laurent et Christine Tafalla, un couple pour le moins atypique. En reconversion professionnelle tous les deux, ils ont entrepris un congé individuel de formation afin de préparer un CAP. Christine a choisi le métier de pâtissier et Laurent celui de tourneur sur bois. Ce sont leurs portraits respectifs que nous vous proposons.

Avide de connaissances, de partage et d’apprentissage, Laurent Tafalla a eu plusieurs vies professionnelles. Passionné de musique, musicien lui-même il a envie d’allier sa passion à son métier et s’engage dans un apprentissage en facture de piano, davantage axé sur la restauration que sur la fabrication. L’entreprise Perpignanaise dans laquelle il travaille fait faillite et il décide de rester dans le secteur de la musique électronique, plus particulièrement dans la vente d’instruments de musique en région parisienne. S’il persiste dans le commercial, il s’oriente dans la pub, puis dans le domaine multimédia et les jeux vidéos. Il a alors l’opportunité de prendre un virage à 180 degrés. En parallèle de ses activités professionnelles, Laurent est très engagé dans la vie associative, et rencontre la directrice du Centre d’Accueil de Demandeur d’Asile (CADA) de Perpignan qui lui propose un poste d’animateur.

Il s’agissait de gérer le quotidien des familles hébergées. De l’accueil à la gare, à l’accompagnement au centre, en passant par leur installation, leur insertion, l’inscription des enfants à l’école, leur mise en relation avec les associations locales, avec lesquelles je développais des partenariats et des projets. J’ai aimé exercé ce métier durant douze ans. Toutefois, travailler sur l’exil est assez vaste, on est confronté à des gens qui ont quitté leur pays pour des raisons politiques, climatiques et les premières familles que j’ai rencontrées avaient beaucoup souffert. Il y avait donc la nécessité de les aider à se reconstruire et à s’insérer. Activité professionnelle prenante, passionnante, que Laurent va pourtant quitter faute de se retrouver au bout de douze années en adéquation avec ses valeurs.
Pressurés par le regard que peut avoir l’opinion publique à travers les médias qui mélangent tout, les pouvoirs publics oublient leur mission première qui est l’accueil, pour ne faire que de l’hébergement et cela depuis 2014 où l’on note un basculement. Quand une famille arrivait il y a encore trois ans, elle restait entre neuf et dix-huit mois, le temps que toute la procédure se fasse. Aujourd’hui, on est sur des périodes de six mois. Au terme de ce délai, quelle que soit la situation de la personne, elle quitte le centre pour être remplacée par une autre. Donc on ne peut plus mettre en place un accueil digne de ce nom.

Laurent ne se retrouve plus dans sa mission et entame une réflexion en même temps que son épouse Christine (interview à suivre). Le couple nourrit un profond attachement au Périgord où ils ont eu l’occasion de vivre à la naissance de leur fils, et ce durant trois ans. Les liens très forts entretenus avec le département les amènent à acquérir une maison à Nadailhac. À partir de là, tout va très vite ; Laurent entame un bilan de compétences.

Je me dis que ce serait bien de profiter de ce nouveau départ pour s’installer en Périgord. J’ai très vite l’envie de travailler dans le bois car j’adore ça, et dans un métier que je ne connais pas. Le tournage sur bois que je n’ai jamais pratiqué me tente. Le bilan de compétences me conforte dans mon idée. Tout cadre. Nous venons en 2016 au CFA de Boulazac où nous sommes très bien reçus, pour expliquer notre projet. Et de là, tout s’enchaine. Le bilan de compétences terminé, je dépose une demande de congé individuel de formation, accepté sans problème par mon employeur.

En septembre 2017, Laurent fait sa rentrée au CFA avec son épouse Christine. Il a trouvé un employeur à Pazayac chez lequel il sera en stage une semaine par mois, en alternance avec les trois semaines au CFA. Je l’ai trouvé par l’intermédiaire d’un artisan de Nadailhac. Il a été un peu étonné, intéressé. Il m’a présenté à son équipe en disant : voilà Laurent notre nouveau stagiaire, ajoutant en souriant, il n’a pas le profil du stagiaire ! J’ai neuf mois pour préparer mon diplôme, sachant que je dois repasser toutes les épreuves car la certification en maçonnerie que j’avais passée à l’AFPA n’a pas suffi au Rectorat.

Quand on a cinquante ans, se retrouver dans une classe de jeunes adultes peut être parfois déroutant. Sur le planning, je suis une semaine avec des ébénistes de 17/18 ans et plus, ça se passe très bien. J’assiste à pratiquement tous les cours. Et ensuite, l’autre semaine, c’est avec des jeunes de 15/16 ans en première année, et j’avoue que là par contre en français notamment, je vais au centre ressources car les verbes du premier groupe à l’indicatif, c’est juste pas possible ! Je m’y régale car ça me permet de faire des recherches, de lire des livres. Les enseignants ont pu être surpris au début de me voir mais il n’y a pas de souci. En maths, même si ce sont des notions que j’ai vues il y a près de quarante ans, ça ne me déplaît pas du tout de me remettre à niveau.

La présence d’un ou de plusieurs adultes dans une classe peut être toutefois intéressante car elle peut donner un point de repère mais elle interpelle aussi, tout en suscitant beaucoup de respect. Ils se demandent ce que je fais là (!!) d’où je viens, ce que j’ai fait. Il y a bien sûr de la curiosité mais également de l’intérêt. J’ai un bon relationnel avec les jeunes et le courant passe assez vite. Bien que motivés, ils se questionnent et se sentent parfois inadaptés par rapport à l’enseignement qu’on leur propose.Ils ne comprennent pas toujours l’utilité de ce qu’ils apprennent. Si l’on prend l’exemple de la géométrie pour les ébénistes, ils vont devoir s’en servir régulièrement et sans mettre un pavé dans la mare, je pense qu’il faudrait au niveau de l’Éducation Nationale réfléchir à un enseignement plus en lien et adapté au métier.

Laurent a sept mois désormais pour finaliser son apprentissage afin de pouvoir mettre en oeuvre le projet qu’il a en tête avec son épouse. Nous voulons mettre en pratique tout ce que nous aurons appris, rester en Dordogne et ouvrir des chambres d’hôtes et tables d’hôte dans le cadre desquelles nous proposerions des temps de partage d’expériences, de connaissances et de vécu.


Titulaire d’une licence de lettres, Christine Tafalla a commencé sa carrière professionnelle dans le commercial lié à la vigne, puis dans la grande distribution, avant d’intégrer la Caisse d’Allocations Familiales où elle est restée jusqu’à sa récente reconversion, après avoir évolué jusqu’au poste d’agent de maîtrise. Ne trouvant plus de possibilité pour évoluer, elle réfléchit comme son mari Laurent à donner un autre sens à sa vie professionnelle. L’achat de la maison en 2014 à Nadailhac agit comme un révélateur. L’envie de faire autre chose, d’exercer un travail manuel leur est commun ainsi que le projet de travailler ensemble.
Je ne sentais plus vraiment les finalités de mon poste, avec l’impression que la mission de service public se diluait de plus en plus. J’arrivais au bout de quelque chose et j’avais envie d’aller vers un travail plus concret. On a alors choisi un métier dans un domaine où l’on se sentait bien. Pour Christine, il s’agit de la pâtisserie. Elle hésite avant avec le domaine du vin qu’elle affectionne particulièrement. L’idée d’une reconversion comme caviste, ou une formation d’oenologue l’effleure mais le désir de mener un projet avec Laurent, un vrai projet de vie, lui fait choisir la pâtisserie.

L’envie de créer de belles et bonnes choses, en sachant que nos deux domaines d’activités peuvent se regrouper, lui dans son atelier, moi dans mon labo et que l’on peut s’aider mutuellement, a guidé mon bilan de compétences. Le fait également de prévoir un projet de tables et de chambres d’hôtes a été déterminant car des domaines d’activités trop différents nous auraient obligés à nous séparer. Christine trouve rapidement une entreprise d’accueil et débute au mois de septembre sa formation au CFA des Métiers de Boulazac, à raison de seize semaines en entreprise sur neuf mois de formation. Un rythme important qui demande beaucoup d’investissement. A commencer par l’oubli des habitudes de ménagère qui ont parfois la vie dure... J’ai dû oublier des gestes, des habitudes, et être beaucoup plus attentive aux règles d’hygiène notamment ; c’est aussi être davantage à la recherche de l’esthétique, du décor et aussi se familiariser avec du matériel dont je n’avais pas l’habitude comme la poche à douilles. Pas de déception ni de décalage entre la perception qu’avait Christine du métier et la réalité, mais quelques difficultés liées à ses exigences. Les débuts ont été difficiles ; j’ai trouvé ça très strict, l’hygiène, les dosages, la tenue. Je savais mais ça a été compliqué tout de même.

Cette année sera décisive et chargée pour Christine car le CAP pâtissier se prépare de façon optimale sur deux années et elle n’aura jamais que neuf mois, d’où la nécessité d’une motivation et d’une implication sans bornes. Il faudra y arriver, s’accrocher et être optimiste. Au bout de deux mois je me sens déjà plus à l’aise ; j’ai intégré toutes les exigences en matière d’hygiène, de dosage et nos enseignants font le maximum pour nous permettre d’y arriver. Dispensée des enseignements généraux, Christine est néanmoins dans une classe dont moyenne d’âge est de 17/18 ans. En travaux pratiques, ça se passe bien ; ils sont très attentifs et très agréables ; il y a un équilibre car nous sommes quatre à être plus âgés. Dans les cours de Prévention Santé Environnement (PSE) communs aux boulangers et pâtissiers, ça peut aller, si l’on excepte un manque de concentration notamment en fin de journée et de la dissipation. Cela peut être gênant et parfois perturbant pour arriver à suivre. Cela dit, j’ai eu l’habitude à la CAF de former des jeunes donc j’ai un relationnel plutôt facile.

Chevillée au corps, la volonté de Christine et Laurent de proposer des produits issus de leurs nouveaux métiers, mais aussi et surtout, à travers les chambres et tables d’hôtes, d’offrir des moments de partage dans leurs ateliers réciproques, avec notamment l’accueil de groupes. Tout cela dans un département dont ils sont tombés amoureux il y a près de trente ans, et dans lequel ils ont à coeur d’organiser leur nouvelle vie.

A partir de janvier 2018, nous allons chercher un ensemble immobilier suffisamment grand pour exercer nos activités. Il nous faudra vendre notre maison dans les Pyrénées orientales. On aimerait dans l’idéal être sur l’axe de Sarlat. Nous sommes heureux d’être enfin installés définitivement en Dordogne. Nous nous sommes bien intégrés et apprécions la confiance des gens, le respect aussi de la parole donnée. Nous y aimons particulièrement le vert permanent, la forêt. Notre paysage intérieur est en harmonie avec le Périgord où nous nous ressourçons.

Il ne reste plus qu’à souhaiter à ce couple sympathique, amoureux de notre beau département, de réussir pleinement en croisant et unissant des savoir-faire artisanaux différents, et de donner l’envie à d’autres d’en faire autant !


Christine Ribeyreix

- PORTRAITS RECONVERSION - Laurent et Christine Tafalla, une reconversion professionnelle réfléchie et partagée
Toutes les actualités