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- PORTRAIT D'APPRENTIE - Marion Maccard, Quand on veut, on peut !

Âgée de 23 ans, Marion Maccard a choisi la boucherie après avoir commencé ses études en cuisine. La naissance de son fils Loïc l’amène à faire le choix de la filière boucherie, dont les horaires bien que chargés, sont moins lourds à gérer. Elle est actuellement en 2è année de Brevet Professionnel au CFA des Métiers, et le moins que l’on puisse dire, c’est que derrière ce visage doux et souriant se cache un sacré caractère . ;-)

Intégrer un univers masculin

De sa grand-mère qui concocte de bons petits plats, Marion a reçu le goût de la cuisine en héritage avec l’envie de faire plaisir. Elle entame donc à 16 ans un BEP et ce faisant, intègre un univers presque exclusivement masculin, dans lequel les gestes déplacés et les propos tenus, tiennent parfois d’un sexisme contre lequel il lui faut se battre au quotidien.
Mes deux années de BEP en apprentissage dans un restaurant gastronomique se sont plutôt bien passées à ce niveau-là ; si le langage était très familier, c’était plutôt une ambiance potache dans laquelle je n’ai pas eu vraiment à subir de comportements déplaisants. Mon chef était très paternel et protecteur avec moi.
Après être arrivée première départementale aux MAF, Marion est remarquée par le chef d’un établissement gastronomique réputé, qui fait partie du jury. Elle est donc recrutée mais décide assez rapidement de partir ailleurs.
Bizutage, ambiance hypocrite, coups dans le dos. Je n’ai pas aimé du tout l’ambiance de cette brigade dans laquelle il fallait marcher sur les autres pour arriver. La cuisine est de toute façon un secteur dans lequel il faut avoir du caractère. Il y a souvent du laisser-aller et il faut alors recadrer. Langage familier cru, main aux fesses. Il ne faut surtout pas se laisser faire.

Un choix professionnel pour la bonne cause

Cette expérience, très moyenne sur le plan relationnel, lui apporte néanmoins des compétences ainsi que des qualités de rigueur et de minutie, qui lui sont toujours utiles. Elle part dans un autre restaurant, mais une grossesse imprévue l’oblige à arrêter son apprentissage. Difficile d’envisager avec un petit garçon de poursuivre dans la restauration, quand on ne sait jamais à quelle heure de la nuit on va débaucher. Marion décide donc de s’orienter vers un autre métier, tout en gardant une cohérence dans son parcours. Elle prépare durant deux ans un CAP boucher au CFA de Limoges, car la section du CFA de Boulazac, victime de son succès, est complète.
J’ai réalisé mon CAP à Auchan Marsac où l’on me proposait un CDI que j’ai accepté, mais au bout de quelques temps, cela ne me convenait plus. J’ai eu une opportunité à Hyper U, mais je me suis vite rendu compte que j’avais un gros manque de savoir-faire et de diplôme pour pouvoir évoluer. J’ai donc entrepris de préparer un Brevet Professionnel (BP) ; je travaille actuellement à l’entreprise Steinmertz à Coulounieix. J’apprécie beaucoup car le travail est plus soigné, on prend davantage le temps de faire les choses. Une entreprise artisanale a en outre plus de proximité, de convivialité avec sa clientèle. Mais il faut reconnaître que mon expérience en grande distribution m’a appris à gagner en rapidité et en organisation.Marion ne regrette nullement ce choix de métier et envisage d’aller encore plus loin au niveau
des diplômes.
Je veux faire un Brevet de Maîtrise (BM) mais au préalable je dois préparer un CAP charcutier traiteur, et il faudra que j’ai deux ans d’expérience après mon BP pour m’inscrire au BM. J’aimerais dans l’idéal être manager ou professeur. J’ai l’envie de transmettre car c’est vraiment un beau métier.

Féminiser le métier de boucher

Ce n’est pas forcément une sinécure de trouver un maître d’apprentissage et de se retrouver la seule fille dans une classe à dominante masculine, qui, il faut bien le reconnaître se questionne
sur sa présence.
J’ai galéré pour trouver un patron, en CAP et en BP. L’âge y a peut-être fait, mais également le sexe, même si cela ne m’a bien sûr jamais été dit ouvertement. Cela a été plus simple en grande surface, car il y a des rails pour acheminer les carcasses donc il y a moins de charges lourdes à déplacer. En entreprise artisanale, il faut tout porter comme les grosses cuisses qui font 90 kilos. Mais ça ne me pose pas de problème. En classe, c’est le regard qu’ils m’ont lancé au début qui m’a interpellée ; ça voulait dire : qu’est-ce qu’elle fait là ? Il faut donc prouver deux fois plus qu’un homme qu’on est à sa place. Le regard a toutefois changé au fur et à mesure de l’année. Et s’il y a besoin, je leur mets une déculottée soit dans le travail ou même en cours, et après ça va mieux !
Il n’empêche qu’il ne faut pas renoncer lorsque l’on est une jeune fille et que l’on veut exercer un métier, qui est encore présenté comme un métier masculin.
Il n’y a pas beaucoup de femmes et c’est dommage. Elles apportent un côté raffiné dans les décorations par exemple, d’autres idées qu’un homme n’envisagera peut-être pas. Une fille qui veut exercer le métier de boucher doit savoir qu’il faut vraiment avoir l’envie, car on peut vite se rebuter ; par rapport au côté physique déjà, on est debout dans le froid, mais aussi au métier en lui-même qui peut être un peu gore parfois, quand on a des têtes de porc à fendre ou qu’on doit désosser des têtes de veau, il faut mettre les mains dedans. Il faut donc avoir du courage et de l’envie. Je pense que quand on veut on peut.


Christine Ribeyreix

- PORTRAIT D'APPRENTIE - Marion Maccard, Quand on veut, on peut !
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