CFA DES METIERS Dordogne
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- PORTRAIT D'APPRENTI - Un ingénieur ébéniste : une reconversion atypique

 

Après un BAC en génie électrique, Luc Joseph, apprenti en ébénisterie de 28 ans, a suivi des
études d’ingénieur à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM). À l’issue
d’une prépa de deux ans, il intègre la filière Ingénierie et Management de Projet avec une
spécialisation en industrialisation. Durant son cursus, il effectue quelques stages notamment en
Suède avec Erasmus, puis en Suisse. À l’obtention de son diplôme, il est rapidement recruté
par l’entreprise SIEMENS.


Être en cohérence avec soi-même
Avec quelques collègues, Luc réfléchit à la manière dont il vit son métier et s’interroge sur la
cohérence de son parcours professionnel. Il ne s’y sent pas véritablement en phase et ressent un
certain décalage.
J’ai été recruté sur un poste de conception de machines, mais très vite on m’a confié une autre
mission basée en Allemagne. Il s’agissait davantage d’une fonction d’expert, plus théorique,
éloignée de mon domaine d’études de chef de projet. Je ne me sentais pas en adéquation avec
mes aspirations personnelles, comme asphyxié. Avec mon épouse qui évoluait à l’époque aux
ressources humaines, nous nous sommes alors questionnés sur notre projet de vie.

Luc pressent rapidement que la dimension manuelle, dans laquelle il a baigné dans son enfance,
notamment avec son père, lui manque fortement. Il s’attaque alors à deux projets autour du
bois.
Quelque chose en moi s’est éveillé. Cette passion nouvelle m’intriguait autant dans la
conception que dans la fabrication.


Un nouveau départ
Il décide alors de se renseigner et de rencontrer des personnes dans ce domaine d’activité. Des
amis lui parlent de la conjoncture fragile du secteur ainsi que des défis et difficultés liés à
l’exercice du métier.
Malgré cela, je décide d’essayer et je me lance. J’ai donc démissionné. Après m’être documenté
auprès de divers organismes, j’ai opté pour l’apprentissage. J’ai commencé en Alsace par un
CAP menuisier en une année. Puis, j’ai entrepris une première année de BP en menuiserie tout
en préparant un CAP d’ébéniste en candidat libre. Je travaillais dans une entreprise dans
laquelle l’un de mes collègues était un talentueux ébéniste. Il m’a bien préparé. J’avais par
ailleurs un projet avec des amis en Corrèze. Je m’y suis donc installé et j’ai entrepris un BTM
à Tulle. Mais je ne m’y retrouvais pas au niveau des enseignements. J’ai eu alors l’opportunité
de rencontrer mon futur prof de pratique, Sébastien Best aux Olympiades. Je suis ensuite venu
aux portes ouvertes du CFA et j’ai pu ainsi trouver une entreprise d’accueil pour ma deuxième
année de BTM.


Une intégration réussie
Une nouvelle vie commence pour Luc au CFA des métiers de Boulazac. La confrontation à des
apprentis plus jeunes que lui, avec des centres d’intérêts et des sujets de conversation aux
antipodes des siens.
Cela apprend l’humilité (!) et cela demande également de l’adaptabilité. Je ne le vis pour autant
pas comme un calvaire. Ça a été plus pour moi une découverte. Je pense que le passage du
milieu de cadre au milieu ouvrier m’a formé intérieurement et m’a permis de m’intégrer plus
facilement, même si c’est parfois dur de voir leur peu de motivation. En même temps, ils ont un
respect, un questionnement par rapport à mon âge, mon expérience et cela donne lieu à des
discussions intéressantes au dortoir notamment.


S’attacher à l’essentiel
Sur le plan matériel, c’est également compliqué. Luc est passé d’un salaire de cadre supérieur
à un revenu d’apprenti. Son épouse a aussi entrepris une reconversion professionnelle en
passant des Ressources Humaines à l’enseignement.
Aujourd’hui, on ne va pas se mentir, l’argent est une idole, et en même temps, avec ma femme
qui est professeur des écoles à mi-temps et moi qui suis apprenti, nous sommes par ailleurs
parents d’un bébé de quatre mois, je vis ce changement matériel comme une forme de
libération. D’abord parce que nous faisons ce que nous aimons et que nous apprenons à vivre
avec moins et à rechercher plutôt l’essentiel.

Professionnellement, c’est une remise en question complète. Formaté par sa formation de base
à réfléchir à la conception des choses, Luc a conscience d’avoir pour le moment atteint ses
limites.
Après quatre ans d’apprentissage, je trouve ce métier large et compliqué à la fois. J’ai gardé
la philosophie de ma formation jusqu’à parfois me faire des noeuds au cerveau ( !), aussi je suis
convaincu qu’il me faut encore rouler ma bosse pour affiner mon expérience et devenir un
professionnel sur lequel on peut compter.


Christine Ribeyreix

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